Fabienne Demichelis de l'Atelier Les Papillons Bleus

L'interview

Un chemin lumineux vers le Jeu de Peindre

Nous avons interviewé Fabienne Demichelis, fondatrice de l’atelier Les Papillons Bleus, Centre Nouveau d’Expression du Soi, situé dans le quartier des Beaux-Arts à Montpellier.

Ses stages et ses cours sont sur Actikids!

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Fabienne aux Papillons Bleus

Pourquoi t’as décidé d’ouvrir un lieu de pratique « Jeu de Peindre » et donc de changer d’activité ?

C’est un long chemin, qui a pris sa source dans les épreuves, c’est un chemin lumineux.

J’étais salariée d’un cabinet de conseil en informatique, puis indépendante dans la communication digitale, pour finir dans un GIP de l’éducation nationale (dernière étape qui sera « la goutte d’eau » pour oser tout quitter). Malgré une routine que j’avais intégrée, je savais que je n’étais pas épanouie, pas à ma place. Et puis la facilité, du couple, du quotidien, du confort, ne pousse pas véritablement à changer les choses. C’est ainsi que je me suis installée, d’années en années, dans cette vie en mettant de côté mes aspirations profondes et les appels de mon âme.

Le changement est venu grâce à la Vie et son lot d’épreuves bienfaitrices. Merci la Vie !

En 2008, 39 ans sans enfant, mon couple n’échappe pas à la séparation. Dévastée par la tristesse, je décide de me reconnecter à ce qui me nourrit et que j’avais mis de côté avec les années. Je m’inscris à un stage de peinture où je peins librement un tableau dont mes seules intentions « conscientes » étaient : utiliser trois couleurs primaires, ajouter un mot, « YELLOW », et le mettre en mouvement. Et là, sans le vouloir, par les hasards qui n’en sont pas, mon YELLOW se retrouve avec trois « L ».

Deux ans après, c’est au bureau, lors d’une pause café que je vis mon point de bascule : je fais l’éloge d’un petit sac indien d’une collègue que je ne connais pas et qui m’annonce qu’elle part à nouveau en Inde dans un mois et demi. Quelques heures plus tard je suis en voiture et je reçois un message très fort de mon âme : « Tu dois partir en Inde avec Laurence !! » et, en même temps, je me vois en Inde entourée d’enfants et j’ai l’air heureuse. C’est la première fois qu’une chose pareille m’arrive.

J’intègre instantanément le message, je suis convaincue que je vais partir en Inde, je dois juste l’annoncer à Laurence et trouver l’argent pour le billet !

C’est en cherchant l’argent que j’ai rencontré Arno Stern !

Pour financer mon billet, je décide de faire une exposition dans l’espoir de vendre des tableaux. Pour exposer il faut montrer ses tableaux et les expliquer. Alors je tombe sur ce tableau, fait deux ans auparavant.

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Le tableau peint par Fabienne

J’ai ces deux mots « YELL » et « LOW », je cherche leur signification sur internet pour m’inspirer son histoire.

Je trouve deux verbes :

TO YELL : Crier / Hurler

TO LOW : Beugler / Mugir

To be in Low spirit : Etre en depression

Ma prise de conscience est instantanée : ce tableau a été une thérapie pour moi, tout ce qui a jailli de moi il y a 2 ans est juste. Pas besoin de lui trouver une histoire, ou de l’expliquer. Cela me libère définitivement de la peur du jugement.

Et puis il y a ces deux mots qui tournent dans ma tête, ART et THERAPIE. Je tape ces deux mots sur internet et je découvre l’art-thérapie, alors je veux en faire mon métier ! En même temps je tombe sur le site d’Arno Stern car il dit qu’il fait TOUT SAUF de l’art–thérapie. Je découvre alors sa vie, son œuvre et ses découvertes. Après la guerre, il fait peindre les enfants d’un orphelinat de guerre et créé, sans le vouloir, les conditions idéales pour ce qu’il nommera plus tard le JEU DE PEINDRE. Un jeu qui stimule la créativité et permet la manifestation de la Formulation, une grammaire universelle en lien avec les schèmes originaires de l’humanité. Tout cela me parle profondément.

Alors j’y crois et je me fie à ma devise « Saute et les filets apparaitront ». Grâce à elle tout est possible ! Car la vie n’attend qu’une chose. Qu’on fasse le premier pas…

La date d’exposition qui m’est proposée a lieu deux jours après mon retour d’Inde. Je vends alors tout les petits bouts d’or que j’ai et mon alliance pour acheter mon billet. Jusqu’au jour du départ, je peins sans relâche tous les soirs après le travail, c’est un véritable jaillissement !

Octobre 2010, je suis en Inde à Pondichéry, dans la ville noire, pour accompagner une association sur place qui aide les femmes seules (veuves ou divorcées) à se réinsérer et à scolariser leur enfant. Là bas j’ai un choc, la prise de conscience d’une réalité que je ne connaissais pas. J’ai rapidement relativisé mes « petites » souffrances. Je vis en moi une transformation intérieure et une guérison profonde.

De retour en France, j’expose deux jours après. L’année suivante je décide de me former à l’Art-Thérapie, mais l’analyse qui est faite sur les créations me dérange, même si il y a de la bienveillance. Pour moi, il y a un rythme d’évolution de la personne à respecter et il est propre à chacun. Alors j’abandonne l’art-thérapie et j’appelle Arno Stern à Paris. Je veux être une servante du JEU DE PEINDRE.

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L’accueil aux Papillons Bleus

Deux ans et demi après la formation, après quelques autres défis de la vie et une longue maladie, je créé l’atelier Les Papillons Bleus.

Aujourd’hui le centre a trois ans, et je suis chaque jour émerveillée par la Beauté de la Vie. Ce qui se passe dans cet atelier est très épanouissant. Je sens bien que l’on ne vient pas aux Papillons Bleus par hasard, les adultes comme les enfants, trouvent ici quelque chose d’autre, un espace de Liberté, une présence bienveillante, l’enthousiasme que l’on éprouve en jouant, mais aussi une reconnexion avec son monde du dedans…

Dans le Centre les enfants peuvent aussi pratiquer le yoga. Cela fait partie des petites graines que je souhaite semer chez les tout petits. Je l’ai pratiqué adulte pendant plus de 15 ans et je connais bien ses bienfaits, alors j’ai décidé de me former au Yoga pour enfants. Aujourd’hui je peux dire que tout ce qui s’est mis en place à l’atelier au fil du temps a révélé une part de moi qui m’étais inconnue : j’adore travailler avec les enfants ! Ils m’apportent beaucoup de bonheur, leur enthousiasme nous relie.

Pourquoi as-tu choisi ce nom, Les Papillons Bleus ?

En hommage à ma grand-mère. Quand j’étais petite, nous partions tous les étés à la montagne, et, lorsqu’elle faisait la sieste dans l’herbe, ma grand-mère avait toujours une nuée de papillons bleus qui virevoltaient et se posaient sur ses pieds. Le papillon bleu est donc l’image la plus poétique qui symbolise le plus justement ma grand-mère dans tout ce qu’elle a de plus beau et de plus inspirant. Cet atelier lui est dédié.

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Les papillons fabriqués en céramique par Fabienne

Le papillon incarne, depuis l’antiquité, le mystère des métamorphoses physiques, mais aussi les plus charmantes transformations de l’âme vers ce qu’il y a de plus élevé.

Et au Japon, le papillon est l’emblème de la femme!

Dans le Jeu de Peindre, j’ai du mal à comprendre l’absence de but, car en même temps je vois bien qu’il y a un but, celui de retrouver notre Enfant intérieur, ou je me trompe ?

En fait le premier but du Jeu de peindre c’est de Jouer ! De jouer avec un pinceau et laisser se produire une trace sur une feuille, c’est cela le Jeu. Pour cela, il n’y a pas besoin de cours, pas de dessin d’observation ou de contraintes académiques. Le trait est intuitif et se veut source de plaisir. Le jeu c’est d’être dans la Joie de l’instant présent, et de retrouver le plaisir du geste créatif que nous avions tous enfant. L’enfant ou l’adulte est alors guidé, non pas par une intention, mais par une nécessité intérieure profonde, que tu appelles « Enfant intérieur ». Mais il n’y a pas de but de production, ou de résultat. Juste accomplir une trace, et après il n’y a rien.

Je réfléchissais à la configuration propre au lieu, le Closlieu. On pourrait même y voir un paradoxe. Je peins pour me libérer, mais en même temps je suis dans un espace très cadré : espace clos, pas de fenêtres, cadre discipliné…

Oui, car c’est un lieu de dépaysement et de rupture avec la vie quotidienne ; un véritable rempart devant les pressions et les influences extérieures. Ce qui est tracé par chacun n’est jamais commenté, ni jugé. Ceux qui viennent ici sont de tous âges et non groupés par catégories, voilà pourquoi la compétition n’existe pas. Ainsi est tracé sur la feuille, non pas ce qui naît de l’intention (suivre un modèle imposé, reproduire un tableau, faire plaisir à…), mais ce que dicte l’organisme.

Cette pratique dans ce lieu « étanche » permet à la personne de se libérer de la dépendance de modèles et de développer une autonomie positive.

Et c’est dans ce lieu préservé et à l’abri des regards que sont archivées toutes les peintures. Je les garde comme de précieux trésors dans une pochette en kraft que je fabrique pour chaque participant. C’est une étape importante du processus qu’il ne faut pas négliger. Cela permet à l’enfant ou à l’adulte de se détacher de ses créations, de les préserver du jugement extérieur et de les considérer véritablement comme le résultat d’un Jeu qui n’a de sens que dans l’instant présent. Ils se libèrent alors de la nécessité d’avoir un retour extérieur pour se sentir exister. Tout cela s’estompe peu à peu au profit d’une meilleure Autonomie, Confiance et Connaissance de Soi.

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Les peintures sont classées lors de chaque séance

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Et ensuite pour chaque « joueur » …

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…pour être archivées soigneusement

Peux-tu nous parler brièvement de Arno Stern, en tant que personne, qu’est-ce qui t’a conquis ?

J’adore cet homme, il me touche profondément. J’ai été bouleversée par ce pédagogue de 90 ans  qui a passé sa vie à préserver la créativité des enfants.

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Avec Arno Stern

Mais il m’a véritablement conquise lorsque j’ai lu son livre « Heureux comme un enfant qui peint ». Cela m’a parlé au cœur et j’ai fait le lien avec ce que j’avais vécu. Cela renforçait ma position sur l’importance de développer la bienveillance, le non jugement, la confiance en soi, l’autonomie et la connaissance de soi. Tout ce dont je voulais désormais œuvrer à transmettre.

Quand j’explique à quelqu’un cette pratique j’ai peur de me tromper dans les mots à utiliser : ce n’est pas un exercice ; ce n’est pas une thérapie ; c’est une forme d’expression peut-être ?

Oui, moi j’aime bien la définir plus généralement comme de l’expression libre par le Je(u). Un jeu qui se joue en groupe avec des personnes de tous âges. Où le tableau devient un écran sur lequel se jouent des aventures. L’intérêt que peut lui porter l’enfant cesse dès le moment où il considère le jeu créateur comme terminé.

Dans cette pratique, l’enfant évolue et grandit à son rythme, il n’est pas « sur-stimulé », il n’est pas non plus comparé, cela l’apaise et le rassure.

Formulation et Expression, quelle est la différence ?

La Formulation c’est le nom qu’Arno Stern a donné à un ensemble de formes universelles qu’il a découvert au fil des années et qui ont jailli à un moment donné sur les peintures d’enfants, quelque soit leur âges et leur origine. Pour que la Formulation émerge il est indispensable de pratiquer dans un lieu mettant la personne à l’abri des pressions et des influences, au sein d’un groupe qui n’est pas là en tant que spectateur ou récepteur d’une information ou d’un message, mais comme de simples compagnons de jeu ! Enfin, elle nécessite la présence d’un practicien ne faisant figure ni de référant, ni de récepteur pour ce qui est formulé, son rôle est celui d’un servant.

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Quelques éléments de la Formulation

La Formulation n’est ni tributaire, ni caractéristique d’un milieu socioculturel particulier. Elle n’est pas non plus le fruit d’un apprentissage, mais seulement d’un entraînement qui développe des aptitudes innées et oriente l’enfant vers cette manifestation au lieu de la création d’œuvres servant à la communication.

C’est un langage universel que nous avons tous en nous dans notre mémoire organique. La pratique régulière du jeu de peindre permet sa manifestation.

La pratique du Jeu de Peindre satisfait des nécessités profondes de l’être. Celui qui se réalise dans ce jeu développe le besoin d’affirmation de soi en même temps que la relation aux autres, dans un parfait équilibre excluant la compétition.

Est-ce que le fait de peindre parmi les autres est important pour la pratique et pourquoi, vu qu’on ne cherche pas forcement à communiquer avec les autres.

La pratique au sein du groupe est très importante pour plusieurs raisons.

Pour exclure la compétition en mélangeant tous les âges.

Pour être inspiré, stimulé : dans la pratique du jeu de peindre on ne cherche pas à communiquer avec les autres à travers sa peinture. Mais le groupe interagit dans l’invisible sur chaque participant. Le groupe peut inspirer l’enfant ou l’adulte, car chacun voit tout ce qui se joue autour de lui. L’enfant est curieux de ce que peint l’adulte et l’adulte est motivé par la créativité des enfants.

Pour se sentir rassuré, en sécurité : le groupe rassure car, le fait que chacun sait qu’il n’y aura aucun commentaire ni jugement créé de fait un climat de confiance qui rassure.

Et bien sûr, le groupe est utile pour communiquer, mais pas sur les peintures ! 😉

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Adultes et enfants « jouent » ensemble

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Atelier Les papillons bleus
2 rue Thérèse
Quartier Beaux-arts
34090 Montpellier

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4 COMMENTS

  • DEMICHELIS dit :

    Merci Margherita pour ce très bel article ! <3

  • Hanspeter Loertscher dit :

    Félicitations, Fabienne! Pour votre honnȇteté et votre chemin vers Arno Stern et les enfants! Mes meilleures voeux pour votre Atelier et bonne chance.
    Un article fascinant à lire.

  • Hanspeter Loertscher dit :

    Pas personnellement. Mon amie suisse avait suivit des cours (en Suisse) et je lui avait aide a monter son atelier. Alors j’appris beaucoup sur Arno Stern. La methode suisse s’appelait « Maltherapie », mais ce n’etait pas vraiment une therapie, plutot une therapie passive. Votre derniere foto me rapelle precisement son atelier.

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